Téléski qui croyait prendre


Florian P. Dennisson





4e de couverture :
Privé de son quotidien de prédilection, Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, se retrouve à éplucher les faits divers d’un journal de province. Il s’entiche d’une affaire étrange qui va les mener dans la noirceur des secrets d’une des familles les plus puissantes de Courchevel. Un magnat du monde de la nuit laissé pour mort au beau milieu de son chalet de luxe et de vieilles connaissances de Gabriel accusées à tort, c’est le Poulpe au pays de l’or blanc.


Mon avis :
« Le poulpe est un personnage libre, curieux, contemporain, qui a eu quarante ans en l’an 2000. C’est quelqu’un qui va fouiller, à son compte, dans les désordres et les failles apparents du quotidien. Quelqu’un qui démarre toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde. Ce n’est ni un vengeur, ni un représentant d’une loi ou d’une morale, c’est un enquêteur un peu plus libertaire que d’habitude, c’est surtout un témoin. » (Jean-Bernard Pouy)
Le personnage du Poulpe a été créé en 1995 par Jean-Bernard Pouy, en même temps que la collection du même nom. Cette collection a ceci de particulier que chaque volume reprend les personnages récurrents, mais est écrit par un auteur différent, selon une charte définie pour garder une cohérence, mais laissant une assez large liberté aux intervenants. Tout au long de cette collection, il y a une alternance entre écrivains chevronnés et novices, ce qui donne une certaine irrégularité dans la qualité de production (même si l’ouvrage passe devant un comité de lecture avant publication), mais permet également à l’univers du Poulpe de ne pas être figé.
Téléski qui croyait prendre est un volume à part, puisqu’il a été rejeté par la directrice de collection ; non pas à cause d’un quelconque défaut, mais tout simplement parce que cette collection est actuellement en « stand-by » et n’a pas de projets de nouvelles publications… Il s’agit dont d’un Poulpe pirate, sorti hors du réseau officiel, mais qui respecte scrupuleusement les consignes de la « bible du Poulpe ».
Gabriel Lecouvreur démarre toujours ses enquêtes après la lecture d’un fait divers, quand son instinct lui suggère que les dessous de l’affaire sont loin des apparences. Selon les auteurs, ce qui fait réagir le Poulpe est plus ou moins tiré par les cheveux… Sur ce point non plus, Florian P. Dennisson ne déroge pas à la règle ! Ce n’est d’ailleurs pas le seul point qu’on peut trouver légèrement capillotracté, mais heureusement, cela ne tourne jamais à invraisemblance. Le héros aux bras démesurés est toujours en quête de vérité, mais pour ma part, et c’est là un avis tout à fait personnel, je regrette que cette affaire ne soit finalement qu’un drame familial sans réelles ramifications vers des problèmes de société, généralement moteur de la colère du Poulpe. Après tout, les faits divers qui l’attirent sont ceux qui expriment les maladies de notre monde… Il est vrai que la collection compte maintenant pas loin de trois-cents titres, et je suis loin de les avoir tous lus. J’en suis resté aux tout premiers, ceux de Pouy, de Raynal, de Daeninckx, de Prudon, de Reboux… et quelques autres aussi, mais je ne connais pas les parutions d’après 2000. C’est dire si j’ai des carences ! Alors bien sûr, le personnage a évolué, il est certainement revenu de certaines utopies, ou bien est-ce seulement les auteurs qui se sont acclimatés à la tendance un peu trop lisse d’aujourd’hui, au politiquement correct ?
J’ai sans doute la nostalgie d’une époque où l’engagement social était plus perceptible, et c’est peut-être pour cela que ce nouvel opus ne répond pas complètement à mes attentes… Il n’en reste pas moins ce Poulpe non autorisé aurait tout à fait sa place dans la collection. L’enquête se suit avec plaisir, l’humour « poulpien » est bien présent et aucune référence ne manque à l’appel. Les inconditionnels du Poulpe auraient tort de se priver de cette parution inespérée. D’ailleurs, si l’on en croit les chiffres avancés par son éditeur, le succès est au rendez-vous, et c’est tout ce qu’on lui souhaite !

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