Sur les chemins noirs


Silvain Tesson





4e de couverture :
Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.


Mon avis :
Sur les chemins noirs, c’est le carnet de route d’un homme en reconstruction, après une chute d’un toit qui a failli lui être fatale. À de fastidieux exercices de rééducation dans un hôpital, Silvain Tesson préfère une vraie et longue marche, un voyage à pied depuis le Mercantour, au sud-est, jusqu’à la pointe du Contentin, au nord-ouest. Pour ce périple, il choisit de traverser les zones rurales les moins habitées, selon un récent rapport sur l’aménagement des campagnes françaises, en suivant les chemins marqués de petits traits noirs sur les cartes IGN.
Lorsqu’il entame son parcours, il ne sait pas s’il tiendra jusqu’au bout ni si la guérison escomptée sera au rendez-vous. Au troisième jour, épuisé, il se demande même « quel intérêt à hisser ce corps en loques jusqu’au nord d’un pays en ruine ? » Qu’importe ! Lui qui a voyagé partout dans le monde, escaladé des montagnes et des églises, traversé des steppes et des déserts traînera son corps meurtri par les sentiers oubliés des campagnes abandonnées.
Chemin faisant, ses pas l’entraîneront sur une autre voie, vers une réflexion sur sa propre vie, son rapport aux choses qui l’entourent, mais aussi sur l’évolution de notre société et les choix parfois monstrueux que le progrès nous impose. Cette escapade sur les chemins noirs deviendra une parenthèse, un moyen de sortir du monde, une forme de clandestinité spirituelle où il est permis de s’abandonner à vivre, dans ces lieux où « personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. »
Bien qu’émanant d’un éternel « wanderer », l’écriture de Sylvain Tesson possède l’intensité, la densité de ceux qui sont solidement reliés à la terre. Quelque chose qui tient à la fois du minéral, pour la force brute de sa pensée, et du végétal, de la sève, pour sa richesse nourrissante. Ces voyages n’ont jamais été de simples balades touristiques, mais ont toujours été accompagnés d’un cheminement intérieur ; avec Sur les chemins noirs, il ne déroge pas à la règle, mais d’être passé si près de la mort a apporté une nouvelle nuance à sa palette, une pensée plus recentrée, peut-être, mais toujours traversée d’un souffle puissant.

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