Rien à voir ! (Caviardage, T.1)


Vane Kien
Auteur auto-édité
4e de couverture :
Entre faux témoignages, galères, disparition et amour antisocial. Le bonheur s’infiltre partout, toujours, par tous les temps. Du côté de Paris. Europe. Rien à voir ! Tout à entendre et à ressentir.
Trois nouvelles contemporaines et quelques poèmes :
« Fermez la porte ! »
« Paroles froides et nouvelles fraîches »
« S’aiguiseront quelques lames plus sauvages »
« Des rythmes enregistrés sous la peau »


Mon avis :
Rien à voir ! Tomme 1 de Caviardage, est un petit « deux en un », ce qui rend, pour moi, sa chronique un peu compliquée. En effet, ce recueil s’ouvre sur des nouvelles et se termine par des poèmes. Et s’il y a bien un genre que je me garde de chroniquer, c’est la poésie, tant elle me semble relever du domaine de l’intime. Intimité de l’auteur, livrée de façon impudique en criant son amour ou sa rage, ou voilée derrière des mots, des phrases qui ne parlent pas à l’intellect, mais au cœur. Intimité du lecteur, aussi, chez qui la prose ou les vers ne trouveront d’échos que dans une improbable providence unissant à l’instant « T » l’état émotionnel du receveur au flux vibratoire du poème. Alors de ceux de Vane Kien, je ne parlerai pas, sinon pour dire qu’elle ne fait pas partie de ces rimailleurs plus inquiets du nombre de pieds et de la rime que de la puissance intrinsèque de leurs mots.
Les nouvelles, donc ! Caviardage. Le caviardage désigne l’action de censurer des textes en masquant des mots ou des phrases à l’encre noire. Par extension, il ramène à ce que l’on ne veut pas montrer… Ou ne pas voir ! Vane Kien a dû gratter longuement et délicatement ce caviardage pour en extraire ces trois petites perles, pour nous faire découvrir de l’intérieur des mondes que l’on tient généralement cachés. Celui des Roms, entre intégration et révolte ; celui des Kosovars ou autres habitants de l’ancienne Tchécoslovaquie qui ont dû s’adapter à de nouvelles sociétés, parfois au prix de compromis avec leur propre culture, leurs convictions ; celui des prisons, d’ici ou d’ailleurs, peu importe, où l’on oublie souvent que derrière le condamné, il y a un être humain. Rien à voir ! Quand on nous dit qu’il n’y a rien à voir, c’est bien souvent qu’on nous cache quelque chose… Et c’est ce quelque chose que nous dévoile l’auteur avec une belle élégance, sans jamais s’égarer dans le pathos ou la revendication, sans fioritures ni effets de manche, et c’est cette puissante simplicité que donne toute leur force à ces nouvelles.
C’est beau et ça sonne juste. Moi, je reprendrais bien une petite louche de caviar…

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