Réécrire l'Histoire


Maya Lee





4e de couverture :
Léa, une jeune étudiante à la situation familiale tendue, déteste les cours d’histoire, les jugeant inutiles et dérisoires. Mais un grave accident la catapultera en Égypte antique, puis dans différentes périodes historiques, la laissant complètement désorientée. Prisonnière du temps, elle devra s’adapter aux us et coutumes de l’Antiquité, côtoiera des personnages influents dont elle n’avait entendu parler que sur du papier et verra sa vie et son cœur bouleversés à jamais. Changera-t-elle sa propre destinée au passage ? Ou même la face du monde moderne ?
Un récit d’aventures dépaysant ponctué d’humour, d’action et de rebondissements qui laissera dans l’anticipation les lecteurs férus d’Histoire et offrira des découvertes étonnantes à ceux qui n’en raffolent pas… encore !


Mon avis :
La première chose qui m’a interloqué, dans ce roman, c’est de tomber nez à nez avec un imparfait du subjonctif ! Pour tout vous dire, je croyais cet animal éradiqué de la surface de la Terre, tant il se fait rare, de nos jours. Du moins, en France, et en particulier chez les auteurs indés. Mais Maya Lee ne vit pas dans l’Hexagone… Est-ce cet attachement à nos racines communes qui pousse nos cousins canadiens à soigner ainsi le bon usage de la langue ? Je ne sais pas, mais il faut bien reconnaître que nous autres, maudits Français, qui en sommes si près, de ces racines, nous la maltraitons grandement, en oublions souvent les règles élémentaires, ou pire, les ignorons insolemment par pure paresse intellectuelle.
D’un autre côté, je ne sais pas si cela tient uniquement à mon statut de lecteur français, mais il faut bien avoué que dans Réécrire l’Histoire, l’emploi parcimonieux de cet imparfait du subjonctif (trois ou quatre fois), aussi grammaticalement juste soit-il, jure un peu dans l’ensemble du récit dont la narratrice est une jeune fille de dix-huit ans du vingt-et-unième siècle. Car si elle se trouve projetée dans le passé, elle raconte cela dans un style très vivant, en employant certes un vocabulaire assez riche et une syntaxe sans reproche, mais avec des mots d’aujourd’hui. Ce subjonctif participe d’ailleurs à l’impression d’un texte parfois un peu trop « appliqué », comme si l’auteure, concentrée à soigner sa technique, oubliait de se lâcher un peu, ou était encore en recherche de son propre style.
À moins d’avoir un sacré rhume de cerveau, vous l’aurez compris, on parle ici d’Histoire, de faits connus et même d’événements majeurs… Si l’inévitable côté didactique de la chose est généralement bien intégré, on regrettera un ou deux passages moins bien réussis, où l’on a du mal à croire à la façon dont l’un des protagonistes décrit les faits (comme le ferait un professeur, non comme un contemporain de l’époque en question). Cette remarque vaut surtout pour les deux premières périodes traversées, où l’on trouve notamment l’utilisation, par un personnage antique, du terme moderne de backgammon (arrivé au XVIIIe siècle ou en 1635, selon les auteurs), pour désigner son ancêtre, plus de trois-cents ans avant notre ère. Même si l’on sait que ce jeu existait déjà dans l’antiquité, ce n’était ni sous ce nom ni sous la forme qu’on lui connaît actuellement…
Passé le premier tiers, la plume de Maya Lee se fait plus sûre et l’on ne retrouve plus ce genre de maladresse, un peu comme si elle grandissait avec son personnage. Il reste encore des détails qui auraient mérité d’être approfondis, concernant le père de Léa, afin d’éviter ce qui pourrait passer pour une incohérence. Malgré ces quelques pierres d’achoppement, je ne peux que terminer sur une note positive : d’abord, ce roman est des plus agréable, le ton est frais, léger, et tout à fait en adéquation avec le personnage (une ado de 18 ans !). Ensuite, c’est un véritable bonheur que de lire une auteure maniant aussi bien le français, même si c’est du français québécois et que certaines expressions peuvent dérouter le lecteur de ce côté de l’Atlantique. On voit malheureusement trop d’autoédités qui se contentent d’avoir une bonne histoire, alors je ne vais pas bouder mon plaisir quand en plus une bonne maîtrise apporte un supplément de grâce. Car dans tout art, il faut d’abord travailler la technique avant de s’en libérer et de trouver son style. Maya Lee me semble être juste à cet instant précieux et délicat où la chrysalide s’ouvre pour laisser s’échapper le papillon. Tout est déjà là, il faut juste que les ailes se déplient, mais si ce premier roman garde encore quelques résidus de la nymphe, je suis prêt à parier que le prochain aura trouvé toute son envergure, alors retenez ce nom : Maya Lee !
En attendant, si vous aimez l’Histoire, plongez-vous dans ce roman et même si vous ne l’aimez pas, Réécrire l’Histoire vous apportera un regard différent, et qui sait ? Vous changerez peut-être d’avis sur les choses du passé…

Aucun commentaire: