Profil perdu


Hugues Pagan





4e de couverture :
Une ville de l’est de la France. Un commissariat que tous les flics surnomment « L’Usine ». En cette soirée de réveillon de l’année 1979, un inspecteur du Groupe stupéfiants interroge Bugsy, dealer connu des services, à propos d’une photo représentant une jeune femme. Le dealer ne dira rien, sinon qu’il faut « demander à Schneider » et le flic le laissera partir, omettant de le fouiller au corps, une erreur de débutant. Schneider est le chef du Groupe criminel. Flanqué de son adjoint Charles Catala, il sillonne la ville en voiture tel un fantôme. Deux événements vont faire basculer son existence : une enquête trouble est complexe sur l’attaque à main armée dont a été victime l’un de ses collègues et une rencontre en forme de coup de foudre ; après Cheroquee la vie ne sera plus jamais la même pour Schneider.


Mon avis :
Hugues Pagan n’est pas le premier flic à écrire des romans policiers, et sans doute pas le dernier… Tous ont en commun de savoir de quoi ils parlent, quand ils nous décrivent la vie d’un commissariat ou des hommes y travaillant. Tous n’ont pas le même talent pour l’écriture, mais l’on peut supposer que ceux qui sont édités, quel que soit le degré d’aide qu’ils ont reçu de leur maison d’édition, sont parmi les plus doués…
Dans le cas qui nous intéresse, on ne peut nier le talent de raconteur de cet ancien inspecteur de police. L’histoire est bien construite − le contraire eut été inquiétant, il écrit aussi des scénarios ! Dans les premières pages, on y trouve une certaine gouaille qui n’est pas sans évoquer les polars français des années 50 et 60, ceux des grandes heures de la « Série noire », mais ce parler goguenard se dilue au fil des pages pour un récit un peu plus policé malgré quelques locutions argotiques ou régionales. Cet emploi de tournures régionales est d’ailleurs parfois un peu déroutant. Autant, dans un texte écrit à la première personne, ou dans un dialogue, elles peuvent paraître naturelles du moment que l’action se situe dans ladite région ou que le personnage en soit issu, autant, dans une narration à la troisième personne et pour un roman de ce genre, elles peuvent ressembler parfois à des fautes de français. L’auteur utilise systématiquement le pronom « soi » dans l’expression « soi-même », là où l’usage courant demanderait « lui-même »… Grammaticalement, ce n’est pas erroné et c’était même l’usage courant dans la période classique, mais aujourd’hui, généralement, « soi » renvoie à un sujet indéfini ou il est utilisé par dérision… Ce qui n’est pas le cas ici… Des choix rédactionnels surprenants que ne justifient ni le genre ni l’époque de l’action, ni même le ton général.
Le ton général, justement, parlons-en ! Il est donné par son personnage principal, le chef du groupe criminel, Schneider. Si vous aimez le roman noir très noir, vous allez être servis ! Le flic de la crim trimballe son blues à longueur de page, toujours au bord du précipice, à se demander s’il survivra jusqu’au mot « fin ». Miné par son passé, désabusé, il m’a fait penser aux personnages des romans noirs américains, façon Chandler ou Hammett. Quant aux autres protagonistes, ils représentent une sacrée galerie de portraits, tous bien dépeints, avec des particularités qui les rendent visibles. Les seconds rôles ne sont pas laissés pour compte.
Un livre qui me laisse une impression mitigée, donc. J’ai beaucoup aimé l’histoire, les personnages, la construction du récit, mais l’écriture ne m’a pas tout le temps convaincu.

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