Platonik


Nila Kazar


 
4e de couverture :
Laura, jeune romancière au caractère bien trempée, rencontre Ducan, auteur célèbre et vieillissant, atteint d’une maladie rare. Il lui demande de l’aider à se documenter pour un projet de livre. Cela tombe bien, elle est en panne dans son nouveau roman. Un lien ambigu se tisse entre les deux écrivains, entre le désir et son empêchement, entre la création et ses entraves. Alors qu’ils séjournent ensemble à l’étranger, par la grâce d’une rencontre amoureuse, Laura s’affranchit des exigences de plus en plus abusives de Duncan. Mais jusqu’où ce diable d’homme est-il capable d’aller ?


Mon avis :
L’écrivain est un être narcissique, il adore se mettre en scène et ne peut s’admirer qu’à travers le regard des autres… C’est un peu l’impression que nous laisse Duncan, tant sa relation avec Laura paraît égocentrique, pour ne pas dire qu’elle sombre dans l’égotisme le plus maladif…
Évidemment, tous les écrivains ne lui ressemblent pas, chacun préférant d’ailleurs se sentir unique, singulier… Paradoxalement, confronté à une maladie incapacitante, cet auteur célèbre va se chercher des jumeaux en littérature ; qui, parmi ces illustres prédécesseurs, souffrait du même handicap et qu’elle en était l’influence sur ses écrits ?
Est-ce pour ne pas se sentir seul face à ce drame qu’il entame cette recherche ? Est-ce pour se persuader que la maladie ne lui a pas tout pris qu’il persuade Laura de le seconder dans son travail ?
Tout, dans le roman de Nila Kazar, se tisse autour des relations complexes qu’entretiennent les différents protagonistes entre eux, entre leur regard sur la vie et leur travail, entre leur travail et leurs sentiments, dans une chaîne où s’entremêlent différents univers reliés par même fil : Laura. Car plus que de Duncan et ses problèmes d’ego, c’est bien d’elle et de ses rapports au monde dont on parle. Et de la façon dont tout est inextricablement lié, chaque chose faisant écho à une autre : sa difficulté à aller au bout de son roman et la maladie du vieil auteur ; sa fuite en avant dans ses liaisons amoureuses et la folie qui s’empare de Melinda, sa meilleure amie ; sa relation avec Ion, celle avec Duncan ; ce qu’elle accepte, ce qu’elle refuse… On pourrait mélanger tout ça et présenter des paires différentes, ça fonctionnerait aussi !
Laura et son rapport au monde, ai-je dit ? J’aurais dû également parler du rapport à l’écriture, du lien entre fiction et réel. Et c’est aussi cela qui travaille Duncan, persuadé que sa maladie le rend impuissant à écrire.
Avec Platonik, Nila Kazar exploite, avec subtilité et humour, les déboires de Duncan pour visiter avec une plume légère, mais d’une précision diabolique, la question des interactions entre les différentes choses qui émaillent notre chemin. Ceux qui se sont déjà fait visiter d’une plume légère le savent, à moins d’être en pierre, on n’y résiste pas ! Laura nous séduit, nous fait rire, mais surtout nous interroge, et de façon durable, parce que Platonik n’est pas un livre qu’on oublie sitôt la dernière page tournée. Et quand un roman résonne encore longtemps après avoir été refermé, c’est que son auteur a réussi son coup. Pour ma part, il m’accompagne encore, plus de dix jours après l’avoir terminé.

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