Plateau


Franck Bouysse





4e de couverture :
Plateau de Millevaches, Judith et Virgile tiennent une petite ferme dans un hameau. Le couple a élevé Georges, un neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait quatre ans. Il vit dans une caravane tout près de son oncle et sa tante. Lorsqu’une jeune femme vient s’installer chez lui, lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village, et lorsqu’un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s’effritent et des coups de feu résonnent sur le Plateau.
Une écriture ciselée pour exprimer la rudesse du paysage et la profondeur des caractères. Comme Grossir le ciel, noir et bouleversant.


Mon avis :
Ce roman paru dans la catégorie « policier » a dû décontenancer plus d’un amateur de polar tellement il est loin des schémas habituels du genre. En effet, même si une menace plane sur ce coin du Limousin, c’est sur le châssis des tourments de l’âme humaine qu’est bâtie la trame de l’histoire.
Dans ce récit rude et sauvage, comme le paysage qu’il décrit, dès les premières lignes, le ton est donné : sur ce plateau, il n’y a guère de place pour la vitesse, tout va au rythme des saisons et les choses prennent le temps de s’installer. Il en est ainsi de l’histoire, elle mûrit lentement dans ce paysage minéral hachuré de ruisseau, piqueté de bois et de genets. L’auteur plante le décor à petites touches impressionnistes, puis nous découvre peu à peu les protagonistes. L’écriture est puissante, exigeante aussi, nous obligeant à nous secouer l’imaginaire. Il y a du Giono dans sa façon de faire corps avec le lieu et les gens qui l’habitent, à en prendre la cadence, en épouser le souffle. Le temps d’un roman, on y demeure aussi, on fréquente ces gens-là…
Les personnages… Le vieux Virgile qui s’accroche à la terre où il est né, où ses parents et ses aïeuls ont vécu, ressemble à ses buissons qui survivent sur les landes desséchées, les plateaux aux quatre vents. Son entêtement en fait le point stable de cette petite communauté, même si ses secrets lui sont comme des capricornes dans la charpente. Mais des secrets, tout le monde en a. Karl a amené les siens, pensant pouvoir les enfouir dans cette région loin de tout, et pour Georges, ce sont les ancres qui l’empêchent de partir, comme il en a toujours rêvé. Cory, elle, voudrait bien que son passé de femme battue reste secret… mais il est déjà éventé avant même qu’elle pose ses valises dans le hameau. Et son arrivée va remuer des choses qu’on croyait inertes, depuis le temps qu’elles reposaient au fond des mémoires. Et quand on remue la vase, on trouble la fontaine…
Il faudra attendre les toutes dernières pages pour que cette histoire, qui a pris tout son temps à se mettre en place, se dirige vers un dénouement. Pour autant, il n’y a aucune longueur dans ce récit qui accroche le lecteur plus sûrement qu’un bouton de bardane. On referme ce livre rassasié d’une écriture imagée, aussi vivifiante que le vent des hauts plateaux. Alors, finalement, est-ce important que ce roman de Franck Bouysse soit ou non un policier ? Non, car à ce niveau de qualité, l’écriture transcende les genres et l’on ne parle plus alors que de littérature.

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