LoveStar

Andri Snaer Magnason
Traduit de l’islandais par Éric Boury





4e de couverture :
Inspiré par la soudaine déroute de toutes sortes d’espèces − des papillons monarques aux ours polaires −, le génial LoveStar, vibrionnant et énigmatique fondateur de l’entreprise du même nom, invente un nouveau mode de transmission, libérant l’humanité, pour son plus grand bonheur, de l’universelle emprise de l’électronique. Le système ReGret permet désormais « d’apurer le passé », les enfants qui filent un mauvais coton sont aussitôt rembobinés et, grâce à inLove, les âmes sœurs sont identifiées en toute objectivité par simple calcul de leurs ondes respectives…
Quand Indriði et Sigriður se retrouvent « calculés », ils tombent des nues : leur moitié est ailleurs. Roméo et Juliette postmodernes contrariés par la fatalité, les voilà pris dans les engrenages d’un système monstrueusement désopilant.
LoveStar est un roman incisif, satirique et profond, un roman plein d’inventions sur notre condition d’homme moderne et sans fil − et notre étrange rapport au monde.


Mon avis :
LoveStar a été écrit il y a une quinzaine d’années (2002) et son action se situe dans une période qui pourrait bien être aujourd’hui, ou un demain fort peu éloigné, bien qu’un peu fantasmatique et en cela, il est plus proche du conte que du roman de science-fiction. Entendez par là que l’univers qu’il nous décrit n’est pas une projection (ce qui pourrait nous arriver), mais une parabole quelque peu dystopique, mais aussi instructive qu’amusante.
Andri Snær Magnason nous propose un monde qui, d’une certaine façon, me rappelle l’univers décalé de Boris Vian : ce qu’il nous décrit paraît trop « farfelu » et poétique pour être réel, mais un lien puissant le relie irrémédiablement à notre quotidien. L’image qu’il nous renvoie nous fait irrémédiablement penser à ces géants du Web qui ont de plus en plus d’emprise sur nos vies. C’est d’ailleurs ce qui prouve que LoveStar est bien un roman d’anticipation : lors de sa sortie, les GAFA n’avaient pas encore la puissance qu’elles ont acquise depuis. C’est donc, en quelque sorte, un véritable cri d’alarme à l’encontre de cette société informatisée à outrance dans laquelle la pensée mercatique remplace à la fois religion, politique et philosophie. Ce n’est pour autant pas un simple brûlot revendicatif, encore moins un roman sombre et angoissant à la Philip K. Dick ; ce récit, malgré le regard sans concession qu’il porte sur notre société et l’avenir peu engageant qu’il projette, garde quelque chose de lumineux, de léger, même s’il ne manque pas de profondeur ; empreint d’une poésie drôle et tendre, il amène subtilement le lecteur à regarder d’un autre œil le monde qui l’entoure.

LoveStar, classé parmi les romans de science-fiction, rebutera les lecteurs hermétiques à ce genre, et c’est bien dommage. Je l’ai déjà dit et je le répète : certains livres transcendent les genres pour n’être que littérature, alors oubliez les cases dans lesquelles les marchands veulent les enfermer, lisez-les !

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