L'ennui du mort-vivant


Luc Doyelle





4e de couverture :
Une relique égyptienne volée et revolée. Un mort qui ressuscite sans cesse. Un flic au bord de la crise de nerfs. Un embaumeur amateur qui va vivre les pires quarante-huit heures de son existence.
Heureusement, tout cela n’est pas à prendre très au sérieux, dans ce polar humoristique trépidant.


Mon avis :
À la lecture du prologue, on se demande un peu dans quel monde on a posé nos babouches… L’étrange personnage qu’on y découvre a l’air passablement à côté des siennes et la scène décrite laisse suffisamment peu d’indices (admirez la tournure oxymorique tire-bouchonné) pour appâter le lecteur, tel le lézard qui a reniflé la grosse mouche. Oui, je sais, l’image n’est pas banale, mais ce roman non plus, alors je m’adapte.
Au premier chapitre, je me suis dit que je n’avais rien lu d’aussi joyeusement déjanté depuis que j’avais perdu ma virginité littéraire entre les pages de « Ma langue au shah » (San Antonio) : l’histoire ? Une comédie policière qui ne se prend pas au sérieux. Les personnages ? Un romancier, thanatopracteur amateur, ses quelques potes pas piqués des hannetons et sa maîtresse. En personnage très secondaire, cette dernière ! Elle est d’ailleurs la seule représentante féminine dans ce roman qui ne joue pourtant pas dans le registre « testostérone à volonté ». D’ailleurs, dans quel registre évolue-t-il, ce bouquin ?
L’ennui du mort-vivant se donne une apparence de polar, avec des meurtres en série et la poursuite d’une mystérieuse relique, le tout épicé d’un brin de fantastique grâce à des morts qui reviennent à la vie… Mais l’histoire n’est qu’un prétexte et les personnages très « marqués » sont de simples vecteurs aux véritables motivations de l’auteur : jouer avec les mots, s’amuser de formules détournées, transformées, manipulées comme pâte à modeler, souvent avec bonheur, parfois carrément capillotractées… L’influence de Frédéric Dard dans ce domaine est plus qu’évidente, parfois même un peu trop. Un peu trop, aussi, ce déferlement d’humour au rythme de mitrailleuse lourde. Si l’on s’en réjouit au début, on arrive rapidement à saturation, comme pour un chou à la crème dont le rapport chou/crème amène vite à l’écœurement. Ici, c’est le rapport histoire/humour qui tourne au désavantage de la première. Le final, d’ailleurs, me semble un peu bâclé, décevant au regard de tout ce qui s’est passé avant.
Il serait malgré tout dommage de passer à côté d’un tel morceau de bravoure humoristique, même si cette tournure d’esprit risque de sembler un tantinet hermétique à certains lecteurs. Mais ceux qui apprécient le calembour, l’humour décalé et un brin de folie, contrairement au mort-vivant du titre, ne devraient pas s’ennuyer.

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