Le cri sauvage de l'âme

Frédéric Soulier




Préface de Marie-José Gargouli-Ferré (extrait) :
On ne sort pas indemne de la lecture de ce roman. L’auteur nous malmène, balance des coups bien assénés qui font mouche, nous blessent, nous retournent. Comme ses héros, on en prend plein la tête. Mais l’humour, plutôt noir que rose, s’étend au fil des pages, comme un baume sur les gnons. Parallèlement, Frédéric pose un regard empathique sur ses personnages, sans pour autant les absoudre. Dans ce roman, point de manichéisme.
De Thomas à Farouk, de Screech à Belle-de-loin, même cabossés, tout comme leur auteur, les protagonistes de Le cri sauvage de l’âme ont vraiment de la gueule ! 

Mon avis :
Voilà un auteur comme je les aime. Un auteur qui n’a pas peur de mettre les mains dans le cambouis de l’existence, d’appeler un matou un chat (ou le contraire, si son personnage parle comme ça) et de tourner son projecteur vers les coins les plus sombres de la société.
Le cri sauvage de l’âme (on découvre la raison de ce titre dans les dernières pages) est un pamphlet à la gueule d’une société trop policée, trop lisse en apparence, où l’image, dans toutes les acceptations du terme, occulte la réalité des êtres et modifie notre approche du monde, de la vie même. Dans ce brûlot iconoclaste, les héros sont tout, sauf des gens « bien comme il faut ». Ça râle, ça grogne, ça tempête, même, mais ça rêve aussi… Et à quoi rêvent ceux que la vie a broyés, ceux qui vivent à la marge, qu’on ne regarde pas, ou alors avec pitié, ou dédain ? À chacun son rêve, bien sûr, mais on désire toujours ce que l’on n’a pas… La richesse, la notoriété, ou plus simplement la reconnaissance.
J’ai beaucoup aimé ce livre de Frédéric Soulier, mais je reste dubitatif sur un point : le narrateur est un jeune SDF qui emploie un langage de la rue. On comprend que même s’il a eu une enfance difficile, ce qui l’a détourné des études, il est intelligent. Cependant, le récit écrit dans une langue assez crue est émaillé de termes plutôt érudits, voire inusités, qui, pour moi, sonnent bizarrement dans l’ensemble. Qui plus est, Thomas, celui qui nous raconte son histoire, se permet même une remarque assez acerbe à ce propos :
« J’étais tombé sur un lettré ! Un de ces empaffés qui vous jettent leur vocabulaire à la figure, et se rengorgent de votre perplexité. Un de ces érudits qui connaissent tout bien leur grammaire, qui ont fait de la bonne utilisation de la langue française un apostolat et prennent un air navré quand vous faites un solécisme. Sûrement qu’au plus fort de l’orgasme il râlait à l’imparfait du subjonctif et qu’il ne commettait aucun impair de langage lorsqu’il lâchait la purée dans madame ! »
Alors oui, j’aime les auteurs qui ont un vocabulaire riche, mais là, je me suis plus d’une fois posé la question : est-ce toujours utilisé à bon escient ?

Il n’en reste pas moins que j’ai vraiment adoré ce roman et que je vous en conseille la lecture sans d’autres restrictions.

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