Le chemin s'arrêtera là

Pascal Dessaint



4e de couverture :
Sur une côte nordique fantomatique, des hommes survivent au jour le jour, hantés par un passé mortifère. Mais qui sont ces laissés-pour-compte de notre époque, qui semblent camper dans un temps suspendu ? Des êtres qui, derrière l’apparence de normalité qu’ils essayent de préserver, ont été broyés ou souillés, à l’image de leur pays marqué par les stigmates d’une industrie lourde moribonde, et où la nature reprend ses droits, de plus en plus inquiétante.
Pascal Dessaint dépeint la fragilité des êtres et la confusion des sentiments, sur fond de questions sociales et environnementales. Originaire du Nord, dont l’ambiance imprègne une partie de son œuvre, il a remporté de nombreux prix (Prix Mystère de la critique 1997 et 2008, Grand Prix de littérature policière 2000, Prix du roman noir français 2006).

Mon avis :
En lisant les premières pages de ce livre, je n’ai pu m’empêcher de faire une association d’idées avec le film « Affreux, sales et méchants », d’Ettore Scola (1976). Le côté comédie en moins.
Bien sûr, l’intrigue n’a rien à voir avec celle de cet excellent moment de cinéma italien, mais on y côtoie, dans les deux cas, des personnages que la misère, l’âpreté de la vie ont façonnés, changeant leur perception du monde, leur compréhension du beau et du laid, du bien et du mal.
Dès les premières lignes, l’auteur parle de méchanceté… Et dans ce décor quasi apocalyptique, on se demande si cette méchanceté qu’ont développée la plupart de ses personnages n’est pas, au fond, qu’un moyen de survie dicté par leur condition sociale. L’histoire se déroule dans une région côtière autrefois prospère, puis marquée par la guerre, et reconstruite, un temps, par l’arrivée des industries lourdes, avant que le déclin de l’emploi à cause de la robotisation des usines, l’exode des capitaux ne laisse tout le monde à la marge du progrès, dans un paysage où ne reste que la pollution de l’ancienne richesse industrielle.
Il s’agit d’un récit choral, dans lequel chaque protagoniste dévoile ses souffrances, ses blessures, mais aussi ses espoirs. C’est prenant, parfois poignant, irritant comme le sable soulevé par le vent qui déplace les dunes et enterre les blockhaus qui hantent encore les plages du Nord. Mais la remarquable plume de Pascal Dessaint est trempée dans l’encre empathique, et l’on referme ce roman en se demandant si finalement on déteste vraiment même les plus méchants de ces personnages.
Le chemin s’arrêtera là est un livre magnifique dont je recommande la lecture sans aucune restriction.

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