Épître aux Martiens

Jean-Marc Lovay




4e de couverture :

Ayant décidé de suivre l’instinct qui le poussait à s’enfuir du lieu confus de ses origines, Julot ignorait s’il succombait à une obscure fascination du suicide ou s’il obéissait à un puissant désir de renaître ailleurs. Après avoir osé franchir une monstrueuse muraille-frontière il se retrouvait à Tecnos, la Cité-Molosse dirigée par les défenseurs de l’Argument des Mille Productions. Et avant ce qui serait peut-être encore une renaissance ou déjà une deuxième mort, complice lui-même de la merveilleuse et fatale énergie qui l’emmènerait inexorablement au pied d’une nouvelle muraille, Julot adhérait à la révolution et découvrait qu’elle n’était qu’une des milliards d’autres révolutions, mais qu’au cœur de cette révolution pour lui à jamais unique flamboyaient ce que les humains nommèrent « le premier amour et la fraternité dans toute leur innocence ».

Premier roman de Jean-Marc Lovay écrit en 1967 à l’âge de dix-neuf ans, Épître aux Martiens obtint le Prix Georges Nicole en 1969 mais ne fut jamais publié. L’auteur raconte dans sa préface la « Disparition et réapparition du tapuscrit d’un jeune auteur ».

Mon avis :

Ce livre à la couverture trompeuse a été classé, dans la catégorie « Science-fiction ». Les amateurs du genre risquent d’être déçus, ou pour le moins, déroutés. Pour ma part, je l’aurais fait figurer dans la catégorie « inclassable ».

En effet, que dire d’un roman aussi singulier que celui-ci ?

Qu’il y a une recherche de style ? Oui, sans aucun doute, et il est bien dans l’air du temps (milieu des années 60). D’ailleurs, ses pairs ne s’y sont pas trompés, puisque l’ouvrage a reçu un prix littéraire. Mais si le procédé stylistique nous rappelle un peu Duras (une succession d’images entrecoupées de « et » à répétition, par exemple), le contenu est plus proche de Kafka. L’auteur nous entraîne dans un monde onirique, assez cauchemardesque même, et son écriture n’aide pas à se raccrocher à une quelconque réalité. J’ai cité Kafka, mais j’aurais pu tout aussi bien le rapprocher du Rimbaud d’Une saison en enfer ou au Lautréamont des Chants de Maldoror, mais aussi à Éluard, tant la forme est proche du surréalisme. Les images sont fortes, certes, mais elles ne sont pas de ce monde, ou si peu.

Il en résulte un texte très littéraire, un peu hermétique dans sa forme (mais tout à fait compréhensible) qui ne conviendra pas à ceux qui cherchent un roman « évasion ». Lire Épître aux Martiens, c’est un peu comme se retrouver dans un état second après avoir absorbé une drogue hallucinogène. Mieux vaut y être préparé ! Mais si vous acceptez ce « trip », si vous aimez les mots en dérive qui charrient comme des nuages les formes les plus folles, qui ne parlent qu’à vous, alors vous serez sans doute séduit pas cet étonnant roman.

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