La démocratie est un sucre qui se dissout dans le pétrole


Mélanie Talcott





4e de couverture :
Dans le coma suite à une violente agression, le très médiatique Charles Monbrison se remémore les trois jours cathartiques qu’il a passés récemment dans les Cévennes. Surpris par une tempête de neige qui lui a fait perdre le contrôle de son véhicule, il a été recueilli par Catherine et Nathan dans une maison surnommée le Mudhif.
Douze convives et un invité…


La vie n’a pas de synopsis, elle nous organise bien plus que nous l’organisons.
Tout ne doit pas être construit selon un plan et des normes imposés.
Tout ne doit pas se suivre dans une logique qui conditionne et enferme.
En fait, rien ne l’est.
Tout nous échappe, mais tout a une structure.

C’est un beau jour pour lire
Un livre sans hémoglobine, sans sexe, sans intrigue.
Juste se laisser aller, lâcher prise, se laisser absorber, écouter.
Bienvenue au Mudhif


Mon avis :
Voici un livre dont je sais déjà que tout le bien que je pourrais en dire aura du mal à attirer un lectorat avide de cette drogue qui met en tête des ventes des romances insipides ou des thrillers qui jouent à « qui est le plus gore ? ». Je parle bien sûr des émotions… L’émotion est le doudou du lecteur infantile, La démocratie… s’adresse à un public sevré (ce qui ne veut pas dire insensible).
Ce roman m’a fait penser au film « Le déclin de l’empire américain », pour son aspect huis clos où tout (ou presque) passe par le dialogue. Il s’en approche aussi par le niveau de culture de la plupart des intervenants (ceux du film sont des universitaires), et comme l’œuvre cinématographique, il ne joue pas sur les émotions − qui sont néanmoins bien présentes −, mais parle à l’intellect. Et de mon point de vue, ce livre est une réussite. À sa lecture, j’ai même pensé « enfin ! » Oui, enfin une auteure qui aborde « le monde comme il va » (y a-t-il du Voltaire chez Mélanie Talcott ?) avec une intelligence, une sensibilité qui rendent la lecture non seulement abordable, mais surtout addictive. Preuve qu’il n’est nul besoin d’un suspense insoutenable pour tenir le lecteur ! La qualité du sujet suffit à aiguillonner le désir de tourner les pages.
Une lecture qui m’a très vite donné l’envie irrépressible de me trouver au Mudhif, ce lieu incertain qui tient autant de l’utopie communautaire des années 70 que du « cercle des poètes disparus », parce que comme dans tout groupe, les avis peuvent diverger et l’on a rapidement la tentation d’y mettre notre grain de sel. C’est ce qui fait le charme et l’intérêt de ce roman : il ouvre à la réflexion avec une rare élégance, sans jugement, sans prétention à LA vérité… Je parlerais même de modestie, mais là, je laisse aux lecteurs le soin d’en découvrir la source.
L’écriture est d’une belle tenue et ajoute au plaisir de lecture. Néanmoins, deux ou trois phrases auraient, selon moi, mérité une petite révision. C’est d’autant plus dommage qu’à ce niveau, on a envie que tout soit parfait. Malgré ces petites imperfections (que d’autres lecteurs moins exigeants ne remarqueront peut-être même pas) et son titre qui sonne un peu le livre politique (ce qu’il n’est pas), La démocratie est un sucre qui se dissout dans le pétrole devrait être au top des ventes, tant par l’actualité brûlante de son propos (ou plutôt d’une partie) que par son intelligence doucement subversive. Oui ! Tout le monde devrait le lire ! Enfin ça, c’est dans un monde idéal… Un genre de Mudhif à l’échelle planétaire…

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