Je t'aime Dieu non plus


Jean-François Pissard




4e de couverture :
Nostalgie des années 70. Un village. La place. Ses joueurs de boules. La supérette. Le Bar des Sports. Le stade de foot. Les matchs le dimanche. La compagnie de théâtre amateur. Les représentations. L’église. Le prêtre. Les messes. Le café. Les paroissiens et paroissiennes. L’Amour. Les messes basses, le qu’en-dira-t-on… Car il s’en passe des choses dans ce village des années 70…
L’histoire s’inspire de personnages et de situations du réel. Elle a été écrite en collaboration avec un prêtre.

Mon avis :
Dans Je t'aime, Dieu non plus, Jean-François Pissard narre quelques mois de la vie d’un prêtre confronté au désir amoureux. C’est une histoire presque banale… Quelle région de France (ou d’ailleurs) n’a pas, dans ses souvenirs, un curé qui a renié ses vœux de chasteté ? Quel diocèse n’a pas, au sein de son ministère, un officier du culte qui a détourné ses yeux des attraits célestes pour des appâts plus charnels ?
Car sous la robe de l’ecclésiastique, il y a toujours un homme…
Mais à travers ce récit, ce ne sont pas seulement les tourments d’un être déchiré entre son engagement spirituel et sa condition humaine qui intéressent l’auteur. Le personnage central du roman, c’est aussi la microsociété d’un village des années soixante-dix, dans lequel tout le monde se connaît, tous les habitants sont en interaction les uns avec les autres. Dans ce macrocosme, chacun a sa place à tenir et se doit de ne jamais s’écarter du rôle qui lui est dévolu. Dans les campagnes, il y a presque un demi-siècle, le pouvoir religieux est encore au cœur des conventions sociales. L’église est au centre du village et la parole de son curé a valeur de phare. Le moindre bouleversement de l’ordre établi peut rompre cet équilibre et doit être caché. La vérité devient mensonge et le mensonge apporte son poids de culpabilité.
Alors qu’en est-il de la puissance des sentiments, de la réalité des désirs, face aux convictions ? Celles de l’homme d’Église qui lui interdisent un amour terrestre ? Celles d’une femme qui croit aux valeurs de la famille telles qu’on lui a inculqué ? Celles d’une société dont la cohésion repose sur un comportement déterminé ?
En nous contant cette rencontre amoureuse entre un curé et une femme mariée, ce sont aussi les travers d’une certaine société rurale que nous décrit sans parti pris, d’une plume élégante et précise, Jean-François Pissard. Une lecture très agréable, qui interroge sans en avoir l’air sur le pouvoir de ses propres certitudes et le poids de l’éducation reçue.
Un prêtre peut-il connaître la passion charnelle ? Une femme mariée peut-elle tomber amoureuse d’un autre homme ? L’esprit répond oui, mais la raison les enchaîne. La société les juge par le regard des autres, mais quand la force des sentiments vient ébranler les croyances sur lesquelles on s’est bâti, c’est tout l’édifice social que l’on remet en question.
L’histoire se termine tragiquement, l’honneur est sauf… mais les questionnements restent en suspens.

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