Résilience


Damien Leban





4e de couverture :
Sur la tempétueuse île de Vinalhaven, l’éminent truand Georges Karletti est torturé à mort devant sa famille. Le shérif local bâclant volontairement l’enquête, ses deux adjoints reprennent discrètement l’investigation. Entre chasse à l’homme, pression de la mafia et influences politiques, l’archipel maudite (sic) est alors mis à feu et à sang…
Après « Le sanctuaire d’Ombos » et « les héritiers des ténèbres », Damien Leban revient en force avec cette sombre pépite hantée de scènes… pétrifiantes…


Mon avis :
Voici un roman qui aurait pu être bon… L’histoire est plutôt sympa, avec ce qu’il faut de suspense et de rebondissement, et le rythme enlevé est accrocheur, tout en préservant quelques pauses par des flash-back bien placés. Cela suffira sans doute à une partie des lecteurs, mais les plus exigeants auront plus d’une fois l’occasion de laisser échapper un soupir de mécontentement.
Tout d’abord, l’histoire se passe aux États-Unis. C’est un choix contre lequel je n’ai rien à dire, elle se déroulerait n’importe où ailleurs qu’il en serait de même. Mais quel que soit le pays, j’attends que l’auteur en connaisse les codes et les usages. Ici, ce n’est pas le cas pour tout ! Un exemple tout bête : pourquoi vouloir absolument que les conducteurs passent les vitesses dans un pays où quatre-vingt-quinze pour cent des gens roulent dans des véhicules à boîte automatique ? Bon, vous me direz que ce n’est pas grand-chose, alors en voici une autre : le système judiciaire américain est très sévère avec les multirécidivistes ; dès la deuxième condamnation, le tarif augmente, et à la troisième, c’est tout de suite une mise à l’écart de la société de plusieurs années… Alors celui de cette histoire qui ne s’est pris que quelques mois, on a du mal à y croire.
Parlons du langage, aussi. J’ai tendance à être un peu agacé quand je trouve des expressions qui tiennent plus du régionalisme que le la langue française. Elles ont leur place dans un roman du terroir, et encore, dans le cadre d’un dialogue, mais dans un roman « américain », c’est un peu comme du ketchup sur un tournedos Rossini ! Heureusement, il y en a peu, mais c’est comme cette histoire de boîte de vitesse, ça a un accent français très prononcé, et la cerise sur le gâteau, c’est ce diminutif que Desmond donne à sa collègue Laureen : Lolo ! De quoi faire hurler de rire n’importe quel Anglo-saxon !
Tout cela reste anecdotique et serait finalement assez bénin si l’ensemble n’était entaché de multiples imprécisions dans la syntaxe, de formulations pas très heureuses, de lourdeurs dues autant à la construction de certaines phrases qu’à l’ajout, parfois, de précisions inutiles. D’autant plus dommage la plus grande partie est agréable à lire ! Enfin, si l’on oublie certains passages assez peu crédibles, comme cette pièce fermée dans laquelle on a déversé de l’essence et qui ne s’embrase pas d’un seul coup… L’essence étant très volatile, se sont d’abord les vapeurs qui brûlent. Dans une pièce, cela provoque une boule de feu qui se propage instantanément ! Ou que dire de ce clavier digital qui ne comporte que huit touches (la combinaison ayant ce nombre de chiffres) ? Ou encore, pourquoi vanter les talents de hackeuse de Laureen, et lui faire dire que « Google est [son] ami » ?
Enfin, si les trois premiers quarts de ce roman multiplient les péripéties et maintiennent un bon niveau de suspense, le final arrive comme un poids-lourd en échappement libre et son « happy end » a la banalité d’une carte postale de vacances, genre coucher de soleil sur la plage, avec gentil couple en contrejour.
Comme je le disais en ouverture, ce livre aurait pu être bon : il dispose d’une assise solide, d’un style vigoureux qui sert très bien l’histoire, mais pour moi, il n’est pas fini. Trop de choses sont à revoir pour en faire un vrai grand roman.

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