I#cone#


François Berdeaux





Présentation :
I#cone# se présente comme un site internet qui permet une lecture surprenante et interactive. L’enquête centrale de ce roman se poursuit au gré du lecteur, de clics en clics, au travers d’une foisonnante bibliographie connectée. Chaque information délivrée est instantanément vérifiable et cette plongée dans l’occulte n’en est que plus immersive.
I#cone# inaugure une nouvelle façon d’appréhender un roman. Les animations de texte, l’approche multimédia, l’apport de sources externes, concourent à plonger le lecteur au cœur des émotions.
I#cone# est une nouvelle forme d’écriture numérique.
Ce roman connecté puise son intrigue dans les entrailles du Net et surfe sur la vague de la désinformation généralisée. Ce nouveau visage d’une propagande 2.0 s’enracine dans le numérique mais trouve sa source dans de vieilles théories ésotériques.
I#cone# ressuscite les vieux mythes et met au grand jour les mécanismes d’un révisionnisme inquiétant aux allures de complotisme rampant.


Mon avis :
Je dois avouer que lorsque François Berdeaux m’a contacté pour me parler de son « roman-site », j’ai un petit peu hésité. Mais pas longtemps ! En véritable aventurier, Poljack se devait de se lancer dans cette entreprise.
Voici donc un livre qui se lit uniquement en ligne, par le biais d’un navigateur internet… Techniquement, j’ignore si une liseuse serait adaptée à ce genre de lecture du point de vue du format, mais je suppose que le fait de devoir rester connecté pour suivre les différents liens interdit son emploi. Ce qui pose d’entrée certaines restriction : lire sur écran étant plus fatigante, je connais des réfractaires qui ne liront jamais I#cone#. J’en connais d’autres qui n’iront peut-être pas jusqu’au bout, pour la simple raison que cela bouscule les habitudes de lectures. Et on le sait, les gens n’aiment pas être bousculés dans leurs habitudes. À part les aventuriers, peut-être…
D’un point de vue « matériel », il est préférable de lire I#cone# sur un écran d’ordinateur ou une tablette, mais ce roman reste transportable, puisqu’on peut également y accéder sur un téléphone. Dans ce cas, la taille de l’écran ajoute encore à ce qui paraîtra comme un frein à la lecture : les images de fond ou les animations obligent parfois à un effort de déchiffrage. Dans les trucs agaçants, on peut noter également que certaines pages sont longues à charger (sans excès, mais les plus impatients vont détester !)
Ces petits désagréments acceptés, digérés, parlons de l’œuvre… Je saluerais d’abord le travail effectué pour monter ce roman-site (en HTML et CCS, avec un peu de JavaScript, je suppose…) Des heures et des heures à rentrer du code… Cependant, je me suis laisser dire que ce temps passé à poser les bonnes balises s’est parfois fait au détriment d’une relecture plus approfondie du texte. Pas grand-chose à redire, mais trois ou quatre tournures m’ont légèrement écorchaient l’œil. Elles détonnaient d’autant plus que l’ensemble est d’un excellent niveau, dans un style vif, très agréable à lire, au service d’une histoire bien construite et vraiment addictive. Je ne le cache pas, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman.
Avec quelques réserve ! La forme choisie est, à mon avis, à double tranchant : elle est en parfaite adéquation avec le sujet traité et le déroulement de l’histoire, elle participe à l’ambiance du récit en ajoutant du graphisme et du son, seulement voilà…
Je crois qu’il y a les lecteurs qui veulent toujours en savoir plus, et ceux qui se contentent de se laisser porter par un récit. Les premiers, quoi qu’ils lisent, vont ouvrir un dictionnaire ou une encyclopédie, faire un tour sur Google Map ou rentrer un terme dans un moteur de recherche pour vérifier, confirmer, mieux comprendre, approfondir… Est-il pertinent pour autant diriger leurs recherches en parsemant le texte de lien dynamique ? Je n’en suis pas sûr… En contrepartie, cela risque d’agacer les seconds, qui veulent lire un roman qui les fasse rêver, pas un devoir d’étudiant bourré de références. Personnellement, j’avoue que ce surplus d’informations, même s’il est facultatif, ne m’a pas spécialement enthousiasmé. En tant que lecteur, je n’ai pas forcément envie qu’on me décortique tout, je n’apprécie pas spécialement un roman qui me renvoie à d’autres livres toutes les trois pages. J’ai l’impression qu’on bride mon imaginaire. Si je relève des trucs erronés dans un roman censé collé à la réalité, ça va certainement nuire à mon plaisir de lecture, mais je ne demande pas à l’auteur qu’il justifie toutes ses affirmations ! Qu’un roman ait du fond, qu’il propose également une réflexion, j’adhère complètement, mais s’il devient trop didactique, il perd sa vocation première.
Pour revenir à cette lecture « à la souris », même si la démarche de l’auteur me paraît claire et sa réalisation bien adaptée, j’ai trouvé un peu lassant, dans certains passages, de devoir multiplier les clics pour avancer dans l’histoire ! L’interactivité, ici, se limite finalement à quelques clics pour faire apparaître la suite… Le côté « ludique » de la chose est, pour moi, un peu trop répétitif. Il est vrai que je fais partie de la génération qui a passé le demi-siècle d’une bonne louche, et qui a donc lu pendant plus de quarante ans uniquement dans les bons vieux livres papier. Les plus jeunes et les générations qui suivent trouveront peut-être « normale » cette forme de lecture, et elle reste certainement à développer. Peut-être également que des futures liseuses (avec un écran moins agressif que celui d’un ordi) pourront se connecter et lire des fichiers internet… Le cas échéant, le travail de François Berdeaux n’en est que plus méritant, parce qu’il se place en pionnier, mais d’ici qu’advienne ce monde de la lecture 2.0, je regrette que ce livre ne soit pas proposé dans une version allégée, en fichier numérique ou en papier…
Bien sûr, cela l’amputerait d’une part importante de son originalité, ce lien direct entre le support (internet) et le contenu, cela changerait totalement l’expérience de lecture, aussi, mais l’histoire peut fort bien se suffire à elle-même et y gagnerait certainement quelques lecteurs.
En attendant, et en l’absence d’autres supports, je vous engage vivement à tenter l’aventure. Ce n’est pas compliqué, ça commence par un clic…

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