Femme de robe


Michèle Dassas





4e de couverture :
« Robe sur robe ne vaut », voilà comment un grand nombre de ses confrères avocats accueillirent la prestation de la première femme à avoir plaidé. Les railleries, le mépris traduisaient l’angoisse des hommes de voir des représentantes du sexe dit faible, accédaient à des fonctions qui leur étaient jusqu’alors exclusivement réservées.
Combien avait-elle dû se battre, Jeanne Chauvin, avant de pouvoir enfin prêter serment, trois ans après avoir essuyé un humiliant refus, alors qu’elle était pourtant munie de tous les diplômes nécessaires ! Femme de robe retrace le parcours de cette femme remarquable, ses combats, son humanité, ses espoirs. Aux côtés d’une mère d’exception et d’un frère, aussi déterminé qu’elle, qui fut député de Seine-et-Marne, et secrétaire du Grand Orient, Jeanne laisse le souvenir d’une femme digne, résolue, charismatique, une pionnière éprise d’équité. Mais Femme de robe est aussi un roman qui, au-delà des faits historiques, ressuscite une Jeanne plus intime, avec ses passions et sa sensibilité toute féminine.


L’auteur :
Après Une gloire pour deux paru en 2017 (1er prix du roman − Concours Littéraire International Arts et Lettres de France), Michèle Dassas signe ici son septième roman. Spécialisée dans les parcours de femmes, elle nous dévoile la vie et les combats de la pionnière des avocates et évoque la condition féminine à l’orée du XXe siècle.


Mon avis :
Lorsque les Éditions Marivole, il y a quelques jours, m’ont proposé en avant-première le livre de Michèle Dassas, le nom de Jeanne Chauvin a vaguement fait tinter quelque chose, au fond de mon cerveau. La lecture du mot de l’éditeur en a extirpé un vieux souvenir : une discussion enflammée autour d’une de ces tables ouvertes que tenait mon amie ThérèseClerc, où se côtoyaient féministes, utopistes et libres penseurs en des soirées aussi festives que passionnantes. Mais j’avoue que je n’avais pas mémorisé beaucoup plus que les grandes lignes de ce qui avait été dit à propos de ce personnage et de son rôle dans les mouvements féministes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. L’abus du festif, sans doute…

Avec Femme de robe, je retrouve ce que j’avais perdu, et bien plus encore… De fort belle façon, qui plus est !
Ce récit de la vie de Jeanne Chauvin nous plonge dans la France de ce tournant du siècle, quand la tour Eiffel n’était pas encore une vieille dame et que les chevaux étaient toujours les maîtres du pavé dans les rues de Paris. Les descriptions de cette société des alentours de 1900 sont d’une remarquable précision, combinées à une construction narrative vivante et dynamique ; le lecteur s’immerge totalement dans cette époque et l’empathie avec Jeanne est immédiate. Plutôt que nous conter une série d’événements en suivant scrupuleusement la chronologie des faits, l’auteur a pris le parti d’une biographie romancée en attaquant directement au moment d’un des actes majeurs de la vie de cette femme d’exception : le 2 juillet 1892, jour où « pour la première fois dans l’histoire, une Française briguera le titre de docteur en droit ».

Bien que cet ouvrage repose sur une documentation très poussée, Michèle Dassas ne se contente pas de nous raconter la vie de Jeanne Chauvin, elle s’en imprègne et nous la restitue en se servant de son imagination pour deviner, ressentir les émotions qui ont pu être celles de son héroïne. Elle fait siens les souvenirs de la doctoresse, ses espoirs, ses regrets, ses joies et ses coups de colère. À n’en pas douter, Michèle Dassas aime ses personnages.
Au-delà du témoignage de l’insoutenable servitude dans laquelle les femmes étaient maintenues il y a encore moins d’un siècle, on mesurera, avec Robe de femme, combien la cause féminine a avancé, et combien les mentalités masculines n’ont guère évolué. Même si aujourd’hui, rares sont les métiers inaccessibles aux femmes, l’équité est encore loin d’avoir gagné tous les esprits, l’obscurantisme sévit toujours en de nombreux endroits du globe, et pas seulement dans les pays les moins développés. Jeanne Chauvin, à son époque, s’est levée avec courage et détermination pour obtenir un peu plus d’égalité ; il y en a eu d’autres après elle, il y en aura sans doute d’autres après celles d’aujourd’hui… J’aimerais croire que bientôt, plus une seule femme n’aura besoin de se lever pour réclamer ce qui lui revient de droit, au même titre que n’importe quel autre être humain sur cette terre. Ce jour-là, l’humanité pourra peut-être envisager un avenir plus serein…


Petite discussion impromptue avec l’auteur :


— Vos romans, à part La demoiselle du téléphone, se situent tous entre la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe. D’où vous vient cet engouement pour cette période de l’histoire ?
— Peut être parce que j’ai croisé beaucoup de gens qui ont vécu cette époque, comme ma grand-mère, dont j’ai parlé dans Le voyage d’Emma ou une arrière-grand-tante qui m’a inspiré un autre roman : Sous le nom de Clotilde. Ces gens m’ont parlé de leur enfance, leur jeunesse, c’est une période que je sens encore très proche, je me sens attirée pas toutes ces ombres du passé.

— Le voyage d’Emma, Sous le nom de Clotilde, Une gloire pour deux… Les parcours de femmes vous intéressent particulièrement. Cela reflète-t-il votre propre engagement féministe ?
— Oui, sans doute un petit peu. J’ai surtout beaucoup d’admiration pour ces femmes qui se sont battues pour leurs passions, pour des causes justes.

— À la lecture de votre roman, on devine que vous avez fait pas mal de recherches, en particulier sur ce qui se disait à l’époque, sur la façon dont on parlait de cette première doctoresse en droit… Aujourd’hui, c’est facile de trouver des documents ou avez-vous dû réinventer les dires de certains protagonistes ?
— Extrêmement facile grâce à la Bibliothèque nationale. On peut y trouver tous les journaux d’époque qui ont beaucoup parlé de Jeanne Chauvin, certains contre elle, d’autres la soutenant. Et n’oublions pas qu’elle a elle-même beaucoup écrit, elle a participé à un grand nombre de revues et j’ai pu bien entendu consulter ses propres écrits.

— Depuis Le recenseur et le voyage d’Emma, vous avez dû accumuler une somme de documents sur les vêtements de l’époque, la façon et les circonstances pour les porter… Pour Femme de robe, avez-vous simplement pioché dans cet acquis ou avez-vous fait de nouvelles découvertes ?
— À chaque fois, je découvre de nouvelles choses, et ça fait d’ailleurs partie du plaisir d’écrire.

— Comment vous est venue l’idée de parler de Jeanne Chauvin ? Qu’est-ce qui vous a attiré chez cette femme ?
— Je cherchais quelqu’un de la région et je suis tombé sur elle. Nous sommes nées dans le même département, son père avait été notaire comme le mien… Ses points communs m’ont donné envie d’aller plus loin, et plus j’en apprenais sur elle, plus j’avais envie d’écrire à son sujet.

— On vous sent très proche des personnages que vous traitez. De quelle façon vous immergez-vous dans leur quotidien ?
— Mon enfance à la fin des années cinquante m’a inspiré. J’ai connu les plaisirs de la campagne, une forme de vie qui n’était pas encore très éloignée de celle de mes personnages. Les photos de mes héroïnes, quand j’en ai, m’inspirent également. Je me sers de mon imagination pour me projeter dans leur vie. Je vis avec elles.


Merci aux Éditions Marivole pour ce service presse,
Merci à Michèle Dassas d’avoir pris un peu de son temps et répondu si gentiment à mes questions.

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