La conspiration de Chambord


Dominique Labarrière






4e de couverture :
Tout le pays est en effervescence. Le roi, le grand Louis XIV, vient à Chambord goûter le divertissement de la chasse. La cour et l’arrière-cour se pressent. Grands seigneurs, belles dames, gentilshommes de moindre relief sont là. Colbert, l’omnipotent ministre du roi, celui qui fait tant d’ombre autour de lui et suscite tant de haines, y est lui-même attendu.
Molière aussi est du voyage. Avec sa troupe, il doit créer sa nouvelle pièce, Le Bourgeois gentilhomme. Le roi aime Molière, qui sait si bien le faire rire et dire les choses qu’un roi ne saurait dire.
Mais si Colbert a ses ennemis, Molière a les siens, non moins acharnés. Ceux-là voient dans ses pièces d’intolérables attaques contre les bonnes mœurs, la religion, les privilèges de toutes sortes.
Mettre à profit le séjour à Chambord pour abattre l’un et l’autre, le ministre trop puissant, l’auteur tellement impertinent, voilà le dessein machiavélique qui se trame dans l’ombre. Pour le mener à bien, les conjurés ne reculent devant rien. Leur chemin est semé de meurtres et de terrifiantes manipulations. Ils sont infiltrés jusqu’au cœur du pouvoir royal, jusque dans l’intimité du monarque.
Leur plan est d’une habileté et d’une efficacité redoutables. Ils ont pensé à tout, tout calculé. En effet, il semble bien qu’ils aient tout prévu… sauf le minuscule grain de sable qui vient si souvent enrayer les machinations les plus hardies, les plus diaboliques : l’amour.


Mon avis :
Ah ! Quelle plaisante lecture que cette Conspiration de Chambord ! Tout, dans ce roman, participe à la joie du lecteur : le ton est enjoué et le récit l’entraîne sans effort, dans un style élégant où les mots employés le sont avec bonheur.
C’est à travers les petites histoires qu’on apprécie la grande, celle qu’on écrit avec une majuscule. Mêlant fiction et faits réels, dans une langue colorée qui n’est pas sans rappeler les pièces de Molière, l’auteur nous immerge dans le XVIIe siècle de la noblesse et des courtisans, des ruffians et des petites gens.
L’ambiance est donnée dès les premières pages : nous sommes dans le roman noir, car il est de notoriété que les complots se trament la nuit, et ces insurgés ourdissent vraiment de sombres desseins… Noire, donc, cette machination dont le but est d’abattre deux éminents personnages. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est dans le collimateur, ce trublion qui ose critiquer l’élite de la société et la tourne en ridicule non seulement devant le peuple, ce qui serait moindre mal, mais devant le roi lui-même, qui d’un éclat de rire lui donne son blanc-seing. Mais l’homme à éliminer, celui qui représente tous les dangers, qui met en péril leur fortune et leur réputation, c’est Colbert… un autre Jean-Baptiste, tiens ! Ce maudit ministre qui s’est mis en tête de partir en croisade contre l’évasion fiscale et le détournement de bien public ! Bon, en seize-cents et des poussières, on n’appelait pas ça ainsi, mais vous voyez de quoi je parle, les méthodes ont peut-être changé, mais les profiteurs existent toujours.
Il s’agit donc d’une espèce de thriller politico-historique, me direz-vous… Et bien pas vraiment ! Ce serait compter sans Molière, et l’on sait qu’avec ce dramaturge, la comédie n’est jamais loin. Car Dominique Labarrière n’emprunte pas seulement le langage à l’auteur dramatique, il lui rend également hommage en plaquant sur ce drame le masque de la comédie.
Je ne vous en dévoilerai pas les rouages, mais j’ai particulièrement ri à la scène de répétition de la troupe de Molière dans une auberge des environs de Meung, sur la route d’Orléans à Blois. Et ce n’est pas le seul passage qui m’ait réjoui ! Cette comédie policière sous Louis XIV, largement parfumée à la sauce Molière, mélange avec bonheur les ingrédients des genres. L’humour est omniprésent, mais n’altère pas le suspense tout en apportant un éclairage sur les recoins de ce siècle qui ne sont pas toujours mis en lumière.
Si je devais exprimer un reproche, peut-être dirais-je, à la manière d’un auteur d’un autre siècle : « C’est un peu court, jeune homme… » En refermant ce livre, j’ai en effet une impression de trop peu. J’aurais aimé en savoir plus, sur les conspirateurs, sur les fêtes données à Chambord, sur tout un tas de choses en fait. Mais c’est sans doute que quand c’est bon, on a toujours le sentiment que ça se termine trop vite !

Aucun commentaire: