Autopsie d'une saison en gendarmerie

Freeric Huginn




4e de couverture :

La porte s’entrouvre, laissant enfin apparaître notre suspect. Sur le trajet, je m’étais imaginé un monstre, une entité tout droit sortie des profondeurs infernales, un être humanoïde au faciès horrifique tel que l’on peut en voir au cinéma dans Massacre à la tronçonneuse ou Les Griffes de la Nuit ou un quelconque film du genre. Mais la réalité est bien pire…
J’ai maintenant l’intime conviction que l’homme assis à côté de moi, est le cas typique du monstre dont on entend heureusement parler, la plupart du temps, que dans les journaux. Et voici que ma propre Bête plonge son regard hypnotique dans le mien, me susurrant à l’oreille de prendre mon Beretta pour lui coller une bonne bastos de neuf millimètres Parabellum droit dans la caboche, histoire d’effacer de la surface de la Terre pareille vermine. La fureur, la haine et la monstruosité peuvent-elles contaminer ceux qu’elles côtoient ?

Plongez au milieu des entrailles d’une Brigade Territoriale de la Gendarmerie Nationale, et vivez chaque intervention et chaque fait divers issus de faits réels, comme si vous y étiez. Cependant, gardez à l’esprit que le contenu des viscères n’étant pas réputé pour sentir la rose, le ton employé ne devra pas vous étonner. D’autant plus que le tableau dressant l’état général de l’âme humaine, présenté ici, n’est pas reluisant et possède plus d’accointances avec le portrait de Dorian Gray, peu avant que celui-ci eût rendu son dernier souffle, qu’avec une œuvre de Botticelli ou encore de Gustav Klimt.

Mon avis :

Chez les auteurs auto-édités, on a parfois de drôles de mauvaises surprises concernant les règles de base de la langue française. Ce n’est pas le cas ici. À part quelques virgules (très peu, on les compte sur les doigts d’une seule main) mal placées, on sent que l’auteur maîtrise la syntaxe autant que la grammaire, et qu’il possède un minimum de culture générale et littéraire, largement de quoi se lancer dans l’aventure. Malheureusement, une bonne utilisation de la langue ne fait pas forcément un bon roman.

Mais s’agit-il vraiment d’un roman ? Autopsie d’une saison en gendarmerie est un témoignage sur l’expérience d’un jeune homme engagé volontaire qui passe son service dans une brigade de gendarmerie. C’est plutôt bien écrit pour un gendarme, comme on aurait dit méchamment à une époque pas si lointaine où l’on ne demandait pas aux pandores de savoir manier le français… mais c’est écrit à la manière d’un gendarme et cela ressemble plus souvent à un rapport qu’à une œuvre littéraire. Les quelques descriptions (lieux, tenue vestimentaire des personnages…) sont d’une précision quasi chirurgicale, mais presque détachées du contexte. Il en résulte une certaine froideur. On passe d’un fait divers à un autre, sans avoir vraiment l’impression de vivre avec le personnage, malgré une narration à la première personne et quelques observations personnelles et réflexions inspirées par les événements dont il est témoin et acteur. Seules, quelques scènes ou les retranscriptions de dialogues mettent un peu de saveur dans ce récit que j’ai trouvé, dans l’ensemble, assez insipide.

Les amateurs de « tranches de vie », d’autobiographies ou de témoignages y trouveront peut-être leur compte, mais si vous cherchez quelque chose de plus romancé, une histoire qui vous embarque, allez voir au rayon polar. Pour moi, celui-ci n’en fait pas partie.

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